Le 20 octobre 2025, Gérald Darmanin, ministre de la Justice, a annoncé vouloir autoriser l’usage de la généalogie génétique à des fins judiciaires. Il prévoit d’inscrire cette mesure dans la loi dès janvier 2026, avant même la prochaine loi de bioéthique de 2027. Mais derrière cette annonce présentée comme une avancée sécuritaire se cache une contradiction majeure : la France interdit aux citoyens ce qu’elle utilise via le FBI et s’apprête à autoriser directement pour la police.
Une pratique déjà en place
Actuellement, pour les citoyens français, la réalisation de tests ADN à visée généalogique est interdite.
L’article 226-28-1 du Code pénal prévoit une amende de 3 750 € pour toute personne qui « sollicite l’examen de ses caractéristiques génétiques ou celles d’un tiers en dehors des conditions prévues par la loi ».
Et pourtant, le ministère dirigé par Gérald Darmanin annonce que l’usage de la généalogie génétique pour les enquêtes policières sera « strictement encadré », mais bel et bien autorisé via les magistrats dès janvier 2026.
La généalogie génétique a déjà été utilisée par la police française, une hypocrisie que j’avais déjà dénoncée dans plusieurs articles dont celui sur l’utilisation en Europe et en France de la généalogie génétique à des fins judiciaires et l’affaire du Prédateur des Bois.
Dans cette enquête, la police française avait fait appel au FBI pour pratiquer la généalogie génétique, en comparant l’ADN du criminel inconnu à celui des deux seules bases disponibles pour ce type de recherche : FTDNA et GEDmatch.
Quand l’État fait ce qu’il interdit aux citoyens
Voici le point d’incohérence :
- D’un côté, un citoyen français ne peut légalement commander un test ADN généalogique livré en France, sauf dans un cadre très limité avec autorisation d’un prescripteur.
- De l’autre, l’État-justice s’apprête à autoriser la même pratique pour la police.
Cette différence de traitement soulève une question d’équité : pourquoi ce qui est interdit au citoyen devient-il possible pour l’État ?
C’est ce que j’appelle l’ « hypocrisie ADN » : un double standard où l’État s’arroge un droit qu’il refuse à ses propres citoyens.
FTDNA, GEDmatch et la question du consentement : un contrôle qui nous appartient
Les forces de l’ordre françaises comme le FBI ne peuvent utiliser que deux bases généalogiques autorisant la recherche policière : FamilyTreeDNA (FTDNA) et GEDmatch.
Et encore, uniquement avec l’autorisation explicite des utilisateurs.
C’est le RGPD, le Règlement général sur la protection des données, qui impose ce consentement préalable.
Chaque utilisateur a la possibilité de cocher ou décocher la case « law enforcement » pour autoriser ou refuser l’accès à ses données ADN à des fins d’enquête policière.
En ce qui me concerne, j’ai décoché cette case sur FTDNA, ce qui rend impossible toute utilisation policière de mon profil ADN.

Dans les préférences de votre compte FTDNA, rendez-vous sur l’onglet « Privacy & Sharing » pour désactiver le Investigative Genetic Genealogy Matching (IGGM) autorisant le FBI et bientôt la police française d’exploiter vos données.
De plus, je ne publie plus mon arbre généalogique complet en ligne, afin d’éviter toute exploitation non autorisée de mes données ou de celles de mes proches.
Je suis favorable à la recherche des criminels et solidaire des victimes, mais je refuse cette hypocrisie d’État : on ne peut pas criminaliser les citoyens qui veulent explorer leurs origines tout en autorisant l’État à utiliser les mêmes outils en secret.
La recherche à des fins judiciaires est aujourd’hui limitée puisque les principaux laboratoires de généalogie génétique, 23andMe, Ancestry et MyHeritage interdisent cette possibilité. Et même si le FBI a enfreint le RGPD avec MyHeritage, le laboratoire a rapidement mis fin à cette dérive intolérable ainsi que je vous l’explique dans mon article sur MyHeritage supprime les téléchargements ADN : un tournant après l’affaire du tueur de l’Idaho.
Je travaille d’ailleurs à une proposition d’usage éthique et encadré de la généalogie génétique à des fins policières, plus ambitieuse et respectueuse des droits individuels que le projet actuel du ministère. Cette approche sera présentée dans le cadre des débats autour de la prochaine loi de bioéthique.
Pourquoi on parle d’ « hypocrisie française »
- Le cadre légal existant interdit l‘achat et la vente de tests ADN à des fins de généalogie en France, les citoyens y sont toujours soumis à une interdiction théoriquement punissable d’une amende de 3 750 euros (jamais appliquée),
- Le ministre Gérald Darmanin veut autoriser la généalogie génétique exploitant les résultats desdits tests ADN interdits sur le territoire français,
- Le décalage entre ce que l’État s’autorise et ce qu’il interdit à la population crée un sentiment d’injustice et de méfiance.
Faut-il encore rappeler que cette interdiction d’acheter et vendre des tests ADN sur le territoire français n’empêche en rien les Français d’effectuer un test ADN ainsi que je l’explique dans mon article sur les les Français ont le droit de faire des tests ADN.
Cette posture compromet la confiance des citoyens et brouille la frontière entre sécurité publique et liberté individuelle.
L’annonce de Gérald Darmanin sur la généalogie génétique à des fins judiciaires marque un tournant majeur dans l’usage de l’ADN en France.
Mais elle révèle aussi une contradiction fondamentale : l’État va légaliser pour la police ce qu’il continue d’interdire à ses citoyens.
Cette dissonance appelle un débat public clair, éthique et transparent, pour que la généalogie génétique devienne enfin un outil partagé, au service de la justice, et non réservé à l’État.
Bonjour
En France on n’est pas à une hyprocrisie près.
On a eu l’église (en France ne voulait-on pas béatifier l’abbé Pierre?), les médecins qui s’approprie le secret médical (ce n’est plus d’actualité vu le bénéfice d’informer les « aidants »), et bien sûr l’état qui se permet tout.
C’est bête puisque la justice utilise les données des utilisateurs de test ADN.
Si ces données ADN n’existaient pas M. Darmanin n’aurait rien pour enquêter !
Simpliste et ridicule.
En attendant impossible de trouver les pères inconnus qui est le but de notre utilisation des tests ADN.
Merci de nous informer via votre blog.
Cordialement
Françoise