En 2021, l’affaire du “Grêlé” avait relancé le débat sur l’ADN judiciaire, même si la recherche reposait uniquement sur le FNAEG. Deux ans plus tard, c’est l’affaire du « Prédateur des bois » qui marque la première utilisation avérée d’une base généalogique étrangère en France.

Un violeur en série identifié… grâce à l’ADN d’un lointain cousin

Pour la première fois en France, les enquêteurs ont exploité une base américaine de généalogie génétique (type GEDmatch et FamilyTreeDNA), permettant d’identifier un cousin éloigné.

Entre 1995 et 2000, plusieurs femmes sont agressées à Compiègne, en forêt ou dans leur domicile. L’enquête s’enlise jusqu’en 2023, lorsqu’un profil ADN partiel retrouvé sur les lieux est comparé à une base américaine de généalogie génétique. Bingo : un cousin éloigné du suspect est identifié. En exploitant l’arbre généalogique, les enquêteurs remontent jusqu’à Marc D., qui vivait dans la région à l’époque. L’homme, âgé de 62 ans, nie les faits. Mais l’analyse ADN est formelle. Confronté aux résultats, il finit par avouer avant… de se suicider quelques jours plus tard. Encore une fois, aucun procès. Aucune confrontation publique sur la méthode employée. Et aucun débat démocratique sur l’utilisation de bases généalogiques étrangères par les forces de l’ordre françaises.

Après « le Grêlé » (résolu via le FNAEG), le Prédateur des bois marque une étape nouvelle : le recours direct à la généalogie génétique.

Une méthode illégale… mais désormais répétée

La loi française est claire : les tests ADN à des fins personnelles sont interdits, sauf autorisation judiciaire. Les recherches de parentèle éloignée sont également proscrites dans le FNAEG (Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques). L’objectif affiché : protéger les citoyens et éviter un fichage massif de la population.

Mais dans les faits, la justice contourne cet interdit. Elle externalise la recherche vers des bases américaines comme FamilyTreeDNA ou GEDmatch, qui permettent, sous réserve du consentement de l’utilisateur, un accès à des données généalogiques anonymisées à des fins d’enquête.

Une contradiction flagrante

Pire : le suicide du suspect empêche, une fois encore, tout débat contradictoire devant un tribunal. Pas de transparence. Pas de justification. Pas de réforme non plus. Et la question demeure : combien d’enquêtes similaires sont actuellement en cours en France ?

Il ne s’agit pas de refuser les progrès de la science, ni de nier l’importance de la justice pour les victimes. Mais une démocratie digne de ce nom ne peut avancer à coups de dérogations secrètes et de méthodes importées. Encore moins lorsqu’il s’agit de données aussi sensibles que l’ADN.

Le RGPD prévoit que toute donnée génétique soit soumise à un consentement éclairé. Or, en allant chercher des correspondances dans des bases étrangères, l’État fragilise ce principe. Car si la fin justifie les moyens, alors toutes les dérives deviennent possibles : dépistages obligatoires, analyses imposées, fichage massif.

Faut-il une deuxième affaire pour lancer un débat national ?

Le cadre actuel est juridiquement intenable. L’État interdit à ses citoyens ce qu’il s’autorise lui-même dans l’ombre. Il est temps de sortir de cette hypocrisie.

Soit la France assume l’usage de la généalogie génétique judiciaire et l’encadre dans la loi, avec des garanties strictes.
Soit elle cesse de l’utiliser à l’étranger sans l’assumer.

Mais l’omerta ne peut plus durer.