En France, les tests ADN personnels sont interdits sans autorisation judiciaire. La recherche de parentèle éloignée est elle aussi interdite dans le Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques (FNAEG), afin d’éviter un fichage de masse, y compris d’innocents. Mais les affaires récentes ont montré que les autorités savent jouer des limites du droit lorsqu’une enquête piétine. Longtemps, la généalogie génétique à l’américaine (via GEDmatch ou FamilyTreeDNA) semblait hors de portée en France. Pourtant, depuis 2023, une première affaire – celle du « Prédateur des bois » – a marqué un tournant.
L’affaire du « Grêlé » : parentèle classique dans le FNAEG
En 2021, François Vérove, ancien gendarme, est identifié comme étant le « Grêlé », auteur de plusieurs crimes entre 1986 et 1994. Il se suicide après avoir rédigé une lettre d’aveux. Ce dénouement spectaculaire est rendu possible grâce à une recherche de parentèle rapprochée dans le FNAEG : les enquêteurs ont isolé une correspondance partielle avec un membre de sa famille, ce qui a permis d’orienter les soupçons vers les gendarmes ayant servi en région parisienne à la même époque. Contrairement à ce que j’avais auparavant rédigé (avec toutes mes excuses pour cette erreur), aucune base généalogique étrangère (GEDmatch, FTDNA, MyHeritage…) n’a été utilisée dans ce dossier.
L’affaire du « Prédateur des bois » : première utilisation de la généalogie génétique en France
Deux ans plus tard, une autre enquête relance le débat : celle du « Prédateur des bois », un violeur en série qui avait sévi à Compiègne entre 1995 et 2000. En 2023, un profil ADN partiel retrouvé sur les lieux est comparé à une base américaine de généalogie génétique. Un cousin éloigné est identifié. En exploitant l’arbre généalogique, les enquêteurs remontent jusqu’à Marc D., qui vivait dans la région à l’époque. L’homme, âgé de 62 ans, nie les faits. Mais l’analyse ADN est formelle. Confronté aux résultats, il finit par avouer avant… de se suicider quelques jours plus tard.
Cette affaire constitue le premier cas documenté en France d’utilisation de la généalogie génétique judiciaire via une base étrangère.
Qui fiche le plus : France ou États-Unis ?
Contrairement à ce qu’on imagine, la France possède l’un des fichiers ADN judiciaires les plus fournis au monde, en proportion de sa population :
- France (FNAEG) : 4,9 millions de profils ADN pour 68 millions d’habitants soit environ 7,2 % de la population
- États-Unis (CODIS) : environ 21 millions de profils pour 332 millions d’habitants soit environ 6,3 % de la population
Et encore : le FNAEG permet des recherches de parentés proches (frères, enfants, parents), ce qui augmente considérablement la portée de chaque profil. Un seul profil peut suffire à identifier plusieurs membres de sa famille. Autrement dit, la base française permet de surveiller indirectement jusqu’à 25 millions de personnes !
Hypocrisie politique : ce que l’on interdit, on l’utilise quand même
La contradiction reste flagrante puisque la France interdit à ses citoyens de faire un test ADN à des fins de généalogie, mais elle exploite son fichier policier (FNAEG) jusqu’à ses limites, et depuis l’affaire du Prédateur des bois, elle s’autorise même à recourir à des bases généalogiques étrangères… qu’elle interdit pourtant au public.
Aux États-Unis, les plateformes comme GEDmatch et FamilyTreeDNA autorisent explicitement les utilisateurs à choisir si leurs données peuvent être consultées dans le cadre d’enquêtes judiciaires. Cet usage volontaire est transparent, encadré et conforme au RGPD.
En France, rien de tel : aucun débat démocratique, aucune transparence.
La base de données génétiques de MyHeritage a aussi été utilisée à son insu à des fins de recherches policières, ce qui a mené l’entreprise à l’interdiction du transfert de données brutes pour éviter ce type de détournement.
Quelle solution ? Un encadrement éthique, pas une interdiction
La France ne peut plus rester dans ce flou.
D’un côté, elle interdit à ses citoyens de recourir aux tests ADN personnels — même à des fins généalogiques.
De l’autre, elle exploite discrètement son gigantesque fichier ADN, et désormais des bases étrangères, sans offrir de garanties de transparence ni de contrôle indépendant.
Cette double posture n’est pas seulement incohérente : elle est contraire à l’esprit du droit et à la confiance que les citoyens doivent pouvoir accorder à l’État.
Le RGPD n’est pas un frein à la justice : c’est une garantie démocratique. Il impose un cadre éthique, fondé sur le consentement éclairé, qui permet d’éviter les abus. Les laboratoires américains comme GEDmatch ou FamilyTreeDNA l’ont compris : ils n’autorisent les usages judiciaires que si les utilisateurs y consentent explicitement.
C’est ce modèle que la France doit assumer.
Sortir du flou pour éviter une dérive vers la surveillance biologique
Car à force de refuser d’encadrer, on laisse la porte ouverte aux dérives.
Les données génétiques, sans régulation, peuvent servir à tout autre chose qu’à la justice : prédiction de comportements, détection de pathologies, profilage ethnique ou familial, ou même sélection génétique.
Le consentement n’est pas un détail administratif. C’est un rempart. Sans lui, nous basculons vers une société de surveillance biologique, où chaque individu est réduit à son génome.
L’ADN est une donnée sensible, intime, permanente. Elle mérite une loi à sa hauteur.
C’est maintenant qu’il faut agir. Pour ne pas trahir les principes démocratiques au nom d’une efficacité policière à géométrie variable. Pour ne pas sacrifier nos droits fondamentaux à une technologie mal encadrée.
Questions les Plus Fréquentes
Les tests ADN à des fins de généalogie sont-ils légaux en France ?
Non. La loi française interdit les tests ADN sauf décision de justice. Même pour des raisons généalogiques, ils sont considérés comme illégaux.
Puis-je commander un test ADN depuis un autre pays de l’UE ?
Tous les pays de l’Union européenne, sauf la France autorisent les tests ADN à des fins de généalogie. Il est possible de les y commander. Il est urgent de sortir de cette zone grise en encadrant clairement la pratique.
Pourquoi la justice française utilise-t-elle les bases ADN américaines ?
Parce que la recherche de parentèle éloignée est interdite en France. En revanche, elle est possible sur certaines bases étrangères comme GEDmatch ou FamilyTreeDNA, ce qui permet de résoudre certaines affaires complexes.
Les laboratoires étrangers respectent-ils le RGPD ?
FamilyTreeDNA et GEDmatch demandent un consentement explicite pour tout usage judiciaire, en accord avec le RGPD. MyHeritage, Ancestry et 23andMe, de leur côté, refusent toute collaboration avec les forces de l’ordre. C’est la raison pour laquelle ils n’ont pas besoin d’un formulaire de consentement pour cet usage.
Bonjour Nathalie
Merci de ces infos.
L’hypocrisie est partout dans notre société.
On a eu les curés « faites comme je dis pas comme je fais » voir l’abbé Pierre et tant d’autres.
Bloquer les tests ADN pour les généalogistes ? c’est de l’abus d’autorité sur notre liberté individuelle.
De quoi ont-ils peur ceux qui ont voté cette loi? qu’on leur trouve des BB cachés?
Non en fait ils s’approprient : (autrefois les religieux), aujourd’hui : politiques, justice, médecine, le bien ancestral commun et même nos vies (loi sur la fin de vie).
En France il faudra encore attendre pour trouver nos ancêtres paternels inconnus…
Cordialement
Françoise
Bonjour Françoise,
Et merci pour votre soutien.
Non, il ne faut pas attendre. En dépit de la législation, les Français continuent d’utiliser les laboratoires de généalogie génétique.
Cela demande simplement un petit « détour ».
Voir mon article : Comment recevoir un test ADN en France.
Espérons que la prochaine loi de bioéthique change la donne.
Bien cordialement,
Nathalie