BÉBÉ ÉCHANGÉ. Accident ou vol d’enfant, décryptage d’un accident de vie pas si rare que ça. En 1994, cet échange fut effectué dans une maternité en France. Un téléfilm retrace l’histoire véridique de Sophie Serrano, ayant découvert par hasard 10 ans plus tard que sa fille avait été échangée bébé à la maternité.
Histoire des maternités
Jusqu’au 19e siècle, nos ancêtres donnaient généralement naissance à la maison, dans le lit conjugal. La future mère était accompagnée d’une matrone, une femme généralement âgée dont seule l’expérience servait de connaissance médicale. Ce n’est qu’à compter de 1760 qu’une véritable formation fut instaurée pour le nouveau métier de sage-femme.
L’Hôtel-Dieu de Paris comptait une Salle des accouchées, faisant office de maternité, dès 1348. Cette salle des accouchées servait de refuge offert aux filles mariées ou non mariées démunies, dans l’impossibilité de faire leurs couches à domicile. Tant qu’elles en avaient la possibilité, les femmes fuyaient ces endroits liés à insalubrité et méconnaissance des modes de transmission des maladies. Les femmes enceintes risquaient surtout d’y contracter une maladie mortelle.
La mise en place de nouvelles mesures d’hygiène et de mode de construction des salles d’accouchement séparées des autres salles des hôpitaux permet de faire régresser à 2,5 % le taux de mortalité après 1871. Après 1900, le taux de mortalité n’est plus que de 0,13 %, transformant l’accouchement en véritable acte médical, et propageant la généralisation des maternités.
Les comportements changent, il devient désormais plus sûr d’accoucher à la maternité que chez soi.
Des maternités usines à bébés
Resituons-nous dans ces salles d’accouchement, futures maternités. Les bébés sont pris en charge par le corps médical, parfois sans même être montré de suite à la mère. Tous vêtus de la même manière, placés dans des berceaux en enfilade dans une salle séparée, manipulés par un personnel de santé nombreux, différent selon les heures de la journée… comment ne pas imaginer la facilité avec laquelle un bébé pouvait être confondu avec un autre ?
Et ceci, même si la mère pouvait s’offrir le bénéfice couteux d’une chambre séparée. Le « bébé de riche » était soumis aux mêmes règles que le « bébé de pauvre ».
Les infirmières, aide-soignantes prenaient plusieurs bébés pour effectuer le bain. Et en les replaçant dans les berceaux, sur lesquels étaient parfois indiqués les noms, intervertir deux bébés pouvait facilement se produire. Dans ces « usines à bébé », les occasions de manipulation des enfants et donc de risques d’échange involontaires étaient nombreux.
Nous disposons d’un témoignage exceptionnel sur le sujet grâce à Alice Collins Plebuch. Ayant effectué un test ADN par curiosité, elle découvrit au bout de 4 ans d’enquête génétique, que son père avait été échangé en 1913 à la maternité de New York. Elle ne saura jamais si il s’agissait d’une erreur ou d’un acte volontaire de malveillance.
L’identification des bébés
Les bracelets d’identification des bébés, destinés à éviter ces risques, ne se sont généralisés que depuis 40 ans, soit depuis les années 1970 seulement. Cependant, une enquête réalisée dans les maternités Lorraines en 2010 a mis en exergue que 4 fois sur 10, le bébé ne portait toujours pas de bracelet d’identification. Dans 13 % des cas, le bracelet était invisible.
C’est ainsi qu’en 1994, et en dépit du port obligatoire du bracelet d’identification, le bébé de Sophie Serrano fut échangé avec un autre, objet d’un téléfilm. Dix ans plus tard, le père supposé demanda un test de paternité qui révéla qu’aucun des deux parents n’avaient de lien biologique avec la petite fille. Manon, avec sa peau hâlée, était la petite fille métis d’un couple réunionnais. Sans le doute du père, le test de paternité, jamais les deux familles n’auraient réalisé que leurs bébés avaient été échangés à la maternité. Julie de Bona, l’actrice interprétant le rôle de Sophie Serrano, raconte qu’elle-même faillit être échangée à la maternité.
Sans le doute du père, lié au teint foncé de peau de sa fille supposée, l’échange n’aurait jamais été découvert par les parents.
La clinique ferma, l’enquête ayant révélé de nombreux dysfonctionnements. Alors, à combien d’autres bébés cela a-t-il pu arriver dans cette clinique ? Et à combien d’autres bébés en France ?
Les parents respectifs décidèrent de garder l’enfant qu’ils avaient élevés. Au-delà des liens biologiques, les liens affectifs s’avéraient les plus forts.
Des psychopathes dans les maternités ?
Ces dernières années, les séries policières ont popularisé les méfaits parfois demeurés inconnus du grand public. La police a aussi parfois mis sous la lumière des projecteurs des faits criminels inimaginables. Aurait-on pu imaginer que la petite Natacha enlevée en Allemagne avait été séquestrée par son violeur durant une décennie ?
Et ce qui pourrait faire l’objet d’un téléfilm serait une infirmière ou un médecin, malade mental, ayant volontairement échangé des bébés à la naissance. Les scénarios sont issus de l’imagination fertile de scénaristes, mais aussi de la connaissance de la nature humaine et de son inventivité, y compris perverse.
Un canular a d’ailleurs fait le tour d’internet, lorsqu’un site parodique inventa l’histoire d’une infirmière ayant échangé près de 9 000 enfants durant 22 ans.
Scénario de téléfilm, canular, peut-on être sûr que cela ne s’est pas produit ? La réalité dépasse souvent la fiction, et seule une analyse ADN et une enquête génétique pourraient permettre de révéler un tel scandale. Impossible, vraiment ?
Et si un de vos ancêtres avait été échangé à la maternité ? Un test ADN vous permettra de le découvrir.
Merci beaucoup pour cet éclairage. j’en ai appris suffisamment pour comprendre que les lois françaises sont très souvent et toujours les plus éloignées de la réalité, à contre-courant même, contre le bon sens et aussi très hypocrites…
J’ai personnellement fait ce test. ET j’en suis très content car cela m’a appris beaucoup de choses sur mes ancêtres éloignés, venant d’un pays où la violence coloniale de la France a eu comme conséquence de déstructurer nos lignées, d’effacer littéralement la mémoire, l’identité de nos ancêtres et d’anéantir toute une transmission intergénérationnelle de nos différentes cultures liées à nos origines si variées et géographiquement éclatées (Asie, Afrique, Europe, Océanie). Le seul moyen qui nous reste pour retracer, reconstruire notre mémoire, nos identités, notre DIGNITÉ et surtout celle de nos aïeux, bafoués et violentés, c’est de savoir nos origines au travers de notre ADN, qui lui parlera plus que quoi que ce soit d’autre, il prouve nos ascendances et nous aident à aller de l’avant, d’être fier de nos racines lointaines et proches.
Et oui, je rejoins cette idée que vous clamez dans votre article : mon ADN n’appartient qu’à moi.
J’adorerai faire ce test ! Comment s’y prendre et où se rendre ?
Bonjour,
Vous avez 4 laboratoires qui vendent leur test par internet. Vous passez commande et le recevez chez vous.
Attention : les tests ADN personnels sont interdits en France, vous risquez une amende de 3 750 €. Mais personne ne se l’est vue infligée jusqu’à présent.
Pour faire votre choix entre les 4 laboratoires, visionnez la vidéo de 5 mn sur Quel est le meilleur test ADN ?
Bien cordialement
Nahtalie