Pour la première fois, une institution française abandonne officiellement ce terme pour qualifier les tests ADN généalogiques. Une avancée majeure, encore incomplète. Le 14 avril 2026, le Conseil économique, social et environnemental a adopté un avis intitulé « À la recherche des origines : réguler les tests génétiques en accès libre », dans le cadre des États généraux de bioéthique. En tant que citoyenne, généalogiste, généalogiste génétique professionnelle et présidente de l’association DNA PASS, engagée depuis plusieurs années pour l’encadrement des tests ADN, je souhaite analyser cet avis. Ce texte institutionnel marque une évolution notable sur plusieurs points que je défends publiquement depuis 2019. Mais il comporte également des erreurs factuelles et des angles morts qui doivent être identifiés.
« Récréatif » : un mot que je combats depuis 2018
S’il fallait résumer huit ans de combat en un mot, ce serait celui-là.
Les opposants aux tests ADN personnels ainsi que les institutions françaises avec la CNIL en tête, suivie par une grande partie de la presse qualifient les tests ADN à des fins de généalogie de « récréatifs ».
Un adjectif qui paraît anodin. Il ne l’est pas.
Qualifier de récréatif le test ADN d’un adopté en quête de ses origines biologiques, c’est réduire une démarche existentielle à un loisir.
Qualifier de récréatif le test d’une descendante d’esclaves cherchant à reconstituer une histoire familiale brisée, c’est en nier la portée intime et historique.
Qualifier de récréatif le test d’une personne née sous X souhaitant connaître ses risques génétiques héréditaires, c’est une violence symbolique.
Dès 2019, dans une tribune publiée dans Le Monde ou l’article dans Les Échos Week-End, je dénonçais déjà ce terme inexact et réducteur.
La même année, DNA PASS lançait une campagne sur ce sujet.
Dans son avis du 14 avril 2026, le CESE rejette officiellement désormais ce terme péjoratif.
C’est une avancée réelle, symboliquement forte. J’y vois la reconnaissance d’un travail de fond mené par DNA PASS et par toutes celles et ceux qui ont témoigné publiquement.
Ce que l’avis dit réellement
Au-delà du vocabulaire, l’avis contient plusieurs orientations structurantes.
Il reconnaît que les contournements de la législation actuelle sont devenus courants et préjudiciables et relève de l’hypocrisie, hypocrisie que je n’ai cessé de dénoncer au fil de mes articles.
C’est un point central : la loi n’empêche pas les tests, elle empêche leur encadrement.
On estime aujourd’hui que près de 2 millions de Français ont déjà réalisé un test ADN via des laboratoires étrangers, et qu’environ 150 000 continuent de le faire chaque année, malgré l’amende théorique de 3 750 euros qui, à ma connaissance, n’a été appliquée qu’une seule fois en vingt ans. Et encore, pour un détournement dudit test ADN à des fins de généalogie en test de paternité d’un père avec un jeune enfant.
L’avis s’oriente vers une dépénalisation des tests généalogiques. Le mouvement est amorcé.
Enfin, il insiste sur la nécessité de protéger les mineurs.
C’est précisément ce que DNA PASS souligne depuis 2018 : une interdiction non appliquée ne protège pas. Seul un cadre légal peut le faire.
Ce qui converge avec les propositions de DNA PASS
Deux préconisations du CESE rejoignent directement les positions que nous défendons et avons présenté le 4 mars 2026 devant le C.C.N.E. :
– L’hébergement souverain des données génétiques sur le sol européen
– La création d’un laboratoire de calcul agréé au niveau européen
Ces axes constituent le cœur de la proposition portée par DNA PASS en matière de souveraineté génétique européenne.
Voir ces orientations reprises dans un avis institutionnel majeur constitue une validation importante.
Ce que l’avis ne dit pas
L’avis comporte des avancées. Il comporte aussi des erreurs factuelles significatives et des angles morts.
Il affirme notamment que la France et la Pologne seraient les deux seuls pays de l’Union européenne à interdire les tests ADN en accès libre.
C’est inexact : la Pologne autorise ces tests. La France reste l’exception notable au sein de l’Union.
Il présente l’accès à la médecine génomique française comme « relativement ouvert » ?!
Il recommande d’interdire les analyses d’origines ethniques, une position unique dans le monde, difficile à justifier scientifiquement et juridiquement.
Enfin, il suggère, sans source solide, que la recherche des origines génétiques favoriserait les théories suprémacistes.
Ces points feront l’objet d’analyses détaillées dans les articles suivants.
Un signal, pas une victoire
L’avis du CESE n’a pas force de loi. Il est consultatif.
Mais il influence le débat bioéthique et peut nourrir de futures propositions législatives.
Pour la première fois, une institution française de premier plan :
– refuse le terme « récréatif »
– s’oriente vers une logique de régulation.
C’est un signal.
Mais la loi française reste aujourd’hui la plus restrictive de l’Union européenne.
Des millions de personnes continuent d’envoyer leur ADN à des laboratoires étrangers, sans encadrement réel ni contrôle effectif.
La prochaine étape n’est pas de célébrer cet avis.
C’est de corriger ses erreurs, de combler ses angles morts, et de continuer à porter une réforme cohérente : encadrer ce qui existe déjà, plutôt que tenter d’interdire ce que personne ne peut empêcher.
Merci pour votre article mais aussi pour avoir rectifié que la Pologne, mon pays, autorise les tests, contrairement à cette rumeur qui dit le contraire uniquement sur le web fr.