23andMe en faillite : l’Europe doit-elle reprendre le contrôle ? Avec 15 millions de testés, cette entreprise américaine a révolutionné l’analyse génétique. Pourtant, son modèle montre des signes de faiblesse, et sa faillite ouvre la voie à un rachat stratégique. Faut-il laisser ce géant sous contrôle américain ? Entre souveraineté numérique, protection des données ADN et avenir de la généalogie génétique, cet article explore les opportunités qu’une reprise européenne pourrait offrir. L’Europe doit-elle agir pour sécuriser son patrimoine génétique ? Décryptage des enjeux et des scénarios possibles.

Un géant de l’ADN en quête de repreneur

Depuis l’annonce de la faillite de 23andMe, le marché des tests ADN grand public est en pleine mutation.
 Un rachat par une entreprise européenne pourrait transformer l’écosystème de la généalogie génétique et des données ADN en apportant :

  • Une alternative européenne aux monopoles américains
  • Une protection accrue des données personnelles sous le RGPD
  • Une nouvelle dynamique pour la généalogie génétique et les bases d’archives

Mais au-delà de la recherche médicale, le modèle unique de 23andMe, mêlant ADN et biomédecine, présente à la fois des forces et des limites qui expliquent son instabilité actuelle.

Un monopole américain sur la généalogie génétique

Aujourd’hui, le marché des tests ADN est entièrement dominé par des entreprises américaines :

  • AncestryDNA : leader mondial avec 26 millions de testés, centré sur la généalogie.
  • MyHeritage : acteur en forte croissance depuis 2018, avec près de 9 millions de testés et une intégration avancée avec ses bases d’archives.
  • 23andMe : 15 millions de testés, mais avec une approche orientée vers la génétique médicale avant la généalogie.
  • FamilyTree DNA : 2 millions de testés, avec une spécificité sur l’étude du chrosmosome Y et ADN mitochondrial.

Le constat est clair : aucune entreprise européenne de grande échelle ne propose un test ADN grand public.

Pire encore, la France a perdu la maîtrise de ses bases généalogiques :

  • Filae, leader en archives françaises, a été racheté par MyHeritage.
  • Geneanet, grande communauté généalogique, appartient désormais à Ancestry.

👉 Nos données généalogiques sont maintenant la propriété d’entreprise américaines et stockées sous leur juridiction.

Un rachat de 23andMe par une entreprise européenne pourrait restaurer un équilibre et proposer une alternative sécurisée aux généalogistes.

Une faiblesse structurelle dans le modèle de 23andMe

23andMe a été fondé par une généticienne, Anne Wojcicki, avec une vision tournée vers la recherche biomédicale.
 Si le laboratoire a su séduire les généalogistes grâce à la qualité de ses analyses d’origines ethniques, il n’a pas su les fidéliser.

Pourquoi 23andMe n’a pas conquis le marché de la généalogie ?

Ancestry et MyHeritage ont été créés par des généalogistes pour des généalogistes.
 Ils offrent des fonctionnalités avancées comme une base de données d’arbres généalogiques en ligne, des outils de correspondance ADN et surtout l’accès à des archives historiques.

23andMe, en revanche, a été conçu par une généticienne, pour les chercheurs et les laboratoires.
 Ses outils de correspondance ADN sont limités, l’intégration avec les arbres généalogiques est quasi inexistante, et l’accent a toujours été mis sur l’analyse médicale.

👉 Si Anne Wojcicki souhaite réellement sauver son entreprise, elle devra intégrer un acteur de la généalogie dans sa stratégie.
 Un rachat par une entreprise européenne permettrait de repenser ce modèle pour offrir une plateforme ADN adaptée aux attentes des généalogistes.

Le marché de la généalogie en France compte déjà 10 millions de passionnés, mais son potentiel d’expansion est immense. À l’échelle internationale, il s’étend à 340 millions d’Américains, 449 millions d’Européens, 40 millions de Canadiens et 68 millions de Britanniques, offrant des perspectives de croissance considérables.

Un marché américain en perte de confiance : une opportunité pour l’Europe ?

Un marché en stagnation malgré des prévisions optimistes

En 2019, le MIT avait estimé qu’en 5 ans, le marché des tests ADN atteindrait 100 millions d’utilisateurs. 
En réalité, nous n’en sommes qu’à 50 millions, preuve d’une forte réticence du public. Cette stagnation s’explique par une méfiance croissante envers la gestion des données ADN par les compagnies américaines.

L’Europe, un refuge pour la confiance des consommateurs et des scientifiques !

  • Contrairement aux États-Unis, l’Europe applique le RGPD, garantissant un cadre légal strict pour les données personnelles.
  • L’Europe pourrait ainsi capter une partie du marché américain en proposant une alternative sécurisée et éthique.

Les politiciens américains lancent des appels vers leurs concitoyens pour supprimer urgemment leurs profils génétiques de 23andMe, preuve de la méfiance envers leur système de protection de données.

De plus, l’Europe pourrait devenir un pôle d’attractivité pour les chercheurs américains en quête d’un environnement plus respectueux des principes scientifiques, alors que la recherche génétique aux États-Unis risque d’être influencée par des biais politiques liés à la nouvelle administration Trump.

Un rachat de 23andMe par une entreprise française ou européenne offrirait également un puissant outil de soft power, en intégrant les continents asiatiques et africains dans une base de données génétiques internationale, garantissant une approche scientifique plus inclusive et diversifiée face aux dérives potentielles d’une recherche américaine de plus en plus cloisonnée.

La souveraineté européenne sur les données génétiques est essentielle pour le développement de la médecine personnalisée. Une meilleure utilisation de ces données permettrait d’optimiser la prévention, d’adapter les traitements aux profils génétiques des patients et de renforcer l’indépendance scientifique et technologique de l’Union européenne.

Un rachat de 23andMe par une entreprise française ou européenne offrirait :

  • Un modèle transparent, rassurant les consommateurs inquiets.
  • Une législation plus protectrice des données ADN.
  • Une alternative à l’hégémonie américaine sur l’exploitation des informations génétiques.

Global Growth Insights a estimé le marché des tests génétiques directs au consommateur à 1 446,7 millions de dollars en 2025. Il devrait augmenter annuellement de 9 % d’ici 2033, atteignant les 3 143,9 millions de dollars.

Quels repreneurs potentiels pour 23andMe ?

Si 23andMe venait à être repris par une entreprise européenne, plusieurs acteurs pourraient se positionner :

  • Xavier Niel – L’homme d’affaires français, fondateur de Free, a déjà investi dans l’innovation technologique et pourrait voir en 23andMe une opportunité pour développer un modèle européen de génétique connectée.
  • Dassault Systèmes – Leader dans la modélisation 3D et la simulation numérique, cette entreprise pourrait intégrer la biotechnologie et la génétique dans son portefeuille d’innovation.
  • Le Health Data Hub – Avec le soutien de l’État français et de l’Union européenne, cet organisme pourrait jouer un rôle clé dans l’intégration des données ADN au sein d’une infrastructure numérique sécurisée et réglementée par le RGPD. Et pourquoi pas y intégrer l’AFM Téléthon ?
  • Eurofins Scientific – Géant européen de la biotechnologie et de l’analyse médicale, Eurofins dispose des capacités techniques et financières pour faire de 23andMe une plateforme génétique de référence en Europe.
  • Un consortium de laboratoires et universités européennes – L’union de plusieurs entités publiques et privées permettrait d’assurer une transition sous juridiction européenne tout en favorisant la recherche et le développement.

Quel modèle serait le plus pertinent ? Un rachat par un acteur unique ou une coalition européenne de plusieurs acteurs différents ?

Anne Wojcicki pourrait être partie prenante de cette reprise, avec ses 49 % d’actions détenues. Sa motivation et son expertise à mener l’entreprise qu’elle a créé seraient aussi des atouts majeurs pour sa pérennité.

Conclusion : une opportunité à ne pas manquer

Un rachat de 23andMe par une entreprise européenne pourrait révolutionner le marché de la généalogie génétique en proposant :

  • Une alternative sécurisée aux laboratoires américains
  • Un modèle plus adapté aux généalogistes européens
  • Une meilleure protection des données sous le RGPD
  • Une source de croissance économique pour les start up liées aux données génétiques anonymisées

Face à une méfiance croissante du public américain, l’Europe a une carte à jouer pour offrir un modèle éthique et transparent et restaurer la confiance du consommateur.

Seriez-vous prêt(e) à choisir un test ADN “Made in Europe” pour préserver vos données génétiques ?