Avec plus de 15 millions de testés, la plateforme a révolutionné la recherche médicale et la génétique personnalisée. Pourtant, son modèle basé sur le big data génomique et le partage de données avec la recherche traverse une crise. Faut-il sauver 23andMe ? L’Europe a-t-elle une carte à jouer ? Entre souveraineté sanitaire, pandémies futures et financement de la recherche ADN, cet article explore les enjeux et solutions possibles.

Un géant de l’ADN bientôt sous pavillon français ?

Depuis l’annonce de la faillite de 23andMe, les spéculations vont bon train sur l’identité d’un potentiel repreneur. Et si, contre toute attente, une entreprise française se portait acquéreuse ?

Un tel scénario pourrait transformer l’écosystème des tests ADN en Europe en apportant :

  • Une alternative européenne aux géants américains
  • Un cadre juridique plus strict et protecteur
  • Une protection renforcée des données personnelles

Mais au-delà de ces aspects, l’apport de 23andMe à la recherche médicale mérite une analyse approfondie.

Les forces du modèle 23andMe : une avancée majeure en génétique médicale

Si 23andMe s’est imposé comme un acteur majeur du test ADN, c’est avant tout grâce à son approche innovante dans la génétique médicale. Avec ses 15 millions de testés, 23andMe occupe la deuxième position des tests ADN personnels.

Contrairement à AncestryDNA, leader du marché avec 26 millions de testés, et MyHeritage, qui connaît une croissance fulgurante depuis 2018 avec près de 9 millions d’utilisateurs, 23andMe a mis l’accent sur la recherche biomédicale.

  • 85 % des utilisateurs acceptent de partager leurs données anonymisées pour la recherche, ce qui représente une mine d’or pour les découvertes médicales.
  • Collaboration avec des laboratoires pharmaceutiques, notamment GlaxoSmithKline, pour le développement de traitements innovants.
  • Partage des données avec des universités américaines, facilitant la recherche académique et médicale. Si l’entreprise devenait française, ces collaborations pourraient être réorientées vers les universités et instituts de recherche européens, renforçant ainsi le leadership scientifique de l’Europe en matière de génétique.

Ce modèle a permis d’importantes avancées, notamment sur les prédispositions génétiques à certaines maladies rares ou complexes.

Un modèle gagnant-gagnant pour financer la recherche

Le modèle économique de 23andMe repose sur un principe gagnant-gagnant qui fait la force des start-ups américaines. Les utilisateurs paient leur test ADN, et leurs données, une fois anonymisées et avec leur accord, sont réutilisées pour la recherche médicale et génétique. Ce modèle permet de financer des études de grande ampleur qui seraient autrement limitées par des contraintes budgétaires.

Une base de données génétiques massive est essentielle pour le big data génomique, qui nécessite des millions de profils pour identifier des corrélations génétiques précises. En Europe, nous envisageons une base de seulement un million de profils, bien loin des 15 millions de testés chez 23andMe. Un rachat de cette base et son intégration dans une structure européenne pourrait donner un nouvel élan à la recherche médicale et génétique sur le continent.

L’importance stratégique et économique en cas de nouvelle pandémie

L’expérience du Covid-19 a démontré l’importance cruciale de comprendre les prédispositions génétiques face aux maladies infectieuses. Une base de données ADN massive permettrait d’identifier rapidement les personnes les plus vulnérables, mais aussi celles dont les gènes offrent une résistance naturelle aux virus.

  • Une telle analyse pourrait permettre d’adapter les traitements et les mesures de prévention en fonction des groupes à risque.
  • En identifiant les facteurs de résistance génétique, nous pourrions aussi accélérer le développement de vaccins plus efficaces, ciblant des populations spécifiques en fonction de leur profil génétique.
  • À terme, cette indépendance scientifique et médicale garantirait une meilleure souveraineté sanitaire, évitant une dépendance totale aux recherches menées hors d’Europe.

Mais au-delà des enjeux sanitaires, il s’agit également d’un enjeu économique majeur. Une meilleure anticipation des risques permettrait de réduire les coûts colossaux liés aux pandémies, notamment en termes d’hospitalisations, de gestion de crise et de ralentissement économique. Un accès rapide aux données génétiques des populations permettrait aux gouvernements d’optimiser les ressources de santé et d’éviter des confinements coûteux.

Une application immédiate aux épidémies saisonnières

Outre les pandémies exceptionnelles, nous faisons face chaque année à des vagues massives de grippe et autres maladies virales qui pèsent lourdement sur le système de santé et l’économie.

L’intégration des données génétiques dans la surveillance épidémiologique permettrait :

  • D’identifier les profils génétiques les plus à risque face aux complications respiratoires ou immunitaires.
  • De mieux cibler les campagnes de vaccination et les traitements préventifs.
  • De réduire l’impact économique des arrêts de travail et des hospitalisations évitables.

Investir dans la génétique appliquée à la prévention des maladies infectieuses ne relève donc pas seulement d’une précaution sanitaire, mais aussi d’une vision économique durable pour réduire les coûts et optimiser les soins.

Conclusion : une opportunité pour la recherche médicale européenne

L’Europe manque cruellement de moyens en recherche génétique. En adoptant un modèle à la 23andMe, nous pourrions :

  • Développer une plateforme ADN européenne innovante, en intégrant ces données dans le Health Data Hub
  • Sécuriser les données génétiques sous le RGPD
  • Réduire notre dépendance aux laboratoires américains

Que pensez-vous de cette hypothèse ? Seriez-vous prêt(e) à utiliser un test ADN “Made in France”