Le laboratoire américain 23andMe, spécialisé dans les tests ADN, a annoncé sa faillite le 24 mars 2025. Cette nouvelle inquiète la communauté des généalogistes, car elle pourrait bouleverser le marché des tests ADN, notamment en réduisant la concurrence et en fragilisant l’accès aux données génétiques. Zoom sur les conséquences possibles pour les passionnés de généalogie génétique.
Qui est 23andMe ?
Fondée en 2006 aux États-Unis, 23andMe est l’un des pionniers des tests ADN grand public. Elle permettait à ses clients de découvrir leurs origines, de retrouver des cousins génétiques et d’accéder à des rapports de santé génétique. Avec plus de 15 millions de profils génétiques analysés, elle était un acteur majeur du secteur, aux côtés de Ancestry, FamilyTree DNA et MyHeritage.
Ce qui faisait sa spécificité pour les généalogistes génétiques : des résultats très détaillés sur les origines ethniques, y compris à un niveau régional, une interface claire, un prix attractif (99 $ avec les deux haplogroupes), sans abonnement obligatoire pour accéder à l’essentiel des résultats. C’était une option économique et efficace pour les passionnés qui souhaitaient enrichir leurs recherches sans s’engager sur la durée.
Mais 23andMe ne se limitait pas à la généalogie : environ 85 % des clients avaient accepté de contribuer, de façon anonyme, à des recherches médicales, faisant de la base de données de l’entreprise l’une des plus riches au monde. L’entreprise a ainsi collaboré gratuitement avec de grandes universités américaines (Stanford, Harvard, UCSF, etc.) et publié plus de 250 rapports scientifiques, permettant de faire avancer la recherche dans des domaines comme Parkinson, Alzheimer, la dépression ou encore le diabète.
Dans une lettre ouverte récente, la cofondatrice Anne Wojcicki rappelle avec émotion que 23andMe a toujours eu pour mission de « construire un futur où la génétique aide à guérir, prévenir et comprendre », et que ces avancées ont été possibles grâce à la confiance de millions d’utilisateurs.
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Un retour remarqué à RootsTech 2025, avec des améliorations impressionnantes
La nouvelle de la faillite est d’autant plus étonnante que 23andMe semblait amorcer un vrai retour vers la généalogie, après plusieurs années où l’entreprise s’était surtout concentrée sur les applications médicales. En mars 2025, elle a marqué sa présence au salon RootsTech, le plus grand événement mondial consacré à la généalogie.
Lors de plusieurs conférences très suivies, 23andMe a présenté des améliorations majeures sur ses résultats d’origines ethniques. Le laboratoire a annoncé une nouvelle mise à jour de ses algorithmes, avec une base de référence élargie couvrant plus de 4 000 régions géographiques, permettant une granularité encore jamais atteinte. De nouveaux outils visuels, comme une carte interactive dynamique et une historique d’évolution des origines dans le temps, ont aussi été dévoilés.
Plusieurs généalogistes présents ont salué la qualité des sessions, le retour d’une équipe engagée auprès des utilisateurs, et une volonté claire de réintégrer pleinement la communauté des généalogistes. C’est donc un paradoxe amer : au moment où 23andMe redevenait un acteur incontournable, l’entreprise annonce sa faillite.
Pourquoi la faillite de 23andMe est une mauvaise nouvelle
La faillite de 23andMe pourrait paraître lointaine pour les généalogistes français, mais elle marque un tournant pour l’ensemble du secteur. Voici pourquoi cette disparition inquiète :
Moins de concurrence, plus de risques de hausse des prix
Avec un acteur de moins sur le marché, les entreprises restantes pourraient en profiter pour augmenter les tarifs de leurs tests ADN. Ancestry et MyHeritage ont déjà recours à des abonnements payants pour accéder à toutes les fonctionnalités de recherche généalogique.
Vers la fin de l’accès gratuit à certaines données ?
La disparition d’un concurrent pourrait aussi inciter les autres laboratoires à restreindre les accès gratuits aux correspondances ADN, un service très utilisé par les généalogistes amateurs. Pour aller plus loin dans l’analyse ou contacter des correspondances, il faudra peut-être systématiquement passer par un abonnement payant.
La question sensible des données génétiques
Autre sujet d’inquiétude : que vont devenir les données génétiques des millions de clients de 23andMe ? Bien que l’entreprise ait promis de respecter la confidentialité, certains observateurs craignent une revente des données à un repreneur peu scrupuleux. Les utilisateurs américains sont même invités à supprimer leurs données s’ils le souhaitent.
En Europe, le RGPD protège vos données personnelles
Heureusement, pour les utilisateurs européens, la situation est bien plus encadrée. Grâce au Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD), toute entreprise, y compris un éventuel repreneur de 23andMe, est obligée de demander votre consentement avant de modifier l’usage de vos données. Et surtout, vous pouvez à tout moment demander leur suppression. C’est une protection forte dont ne bénéficient pas les clients américains.
Quel avenir pour 23andMe ? Plusieurs scénarios de reprise en question
La faillite de 23andMe ne signifie pas nécessairement sa disparition. L’entreprise cherche activement un repreneur, et plusieurs scénarios sont envisagés :
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Un recentrage complet sur la santé, si un acteur du secteur médical rachète l’entreprise.
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Une reprise par un acteur de la généalogie comme MyHeritage, qui pourrait être intéressé par la technologie avancée sur les origines ethniques.
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Une reprise par une entreprise du secteur du DNA forensics (enquêtes criminelles génétiques), un domaine en forte croissance aux Etats-Unis.
Chaque scénario soulève des enjeux différents pour les utilisateurs, entre espoirs d’innovation et craintes sur l’avenir des données.
Que retenir pour les généalogistes français ?
Même si 23andMe n’était pas largement utilisé en France, sa faillite rappelle que le marché de la généalogie génétique est en constante évolution. Heureusement, d’autres acteurs solides comme Ancestry ou MyHeritage poursuivent leur développement et proposent toujours des services performants pour les passionnés d’histoire familiale.
La généalogie génétique ne s’arrête donc pas avec 23andMe, mais il est probable que les tarifs augmentent progressivement, et que certaines options gratuites deviennent payantes. Il sera d’autant plus important de bien choisir son test ADN en fonction de ses objectifs, et de comparer les offres avec attention.
Conclusion
La faillite de 23andMe marque la fin d’une époque, mais certainement pas celle de la généalogie génétique. Les outils ADN continuent d’évoluer, les correspondances génétiques restent accessibles, et les découvertes familiales se poursuivent. Ce sont surtout les modèles économiques qui risquent de se transformer, avec moins de gratuité et plus d’abonnements.
Mais rien d’inquiétant pour les passionnés avertis : en restant informé et en adaptant sa stratégie, on peut continuer à explorer ses origines avec plaisir et efficacité.
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